Deux heures de mieux au MIUT42 de Madère

Machico – « Au mental, au mental ! » Ces encouragements reçus d’un coureur d’une plus grande distance, l’année dernière, à quelques centaines de mètres de la ligne d’arrivée, résonnaient encore dans ma tête au moment de prendre le départ de mon deuxième MIUT42 à Madère. Un an plus tôt, c’est un peu à l’agonie, heureux mais blessé, que j’avais terminé ma seconde course de 42 kilomètres sur l’île aux fleurs.

Cette année, l’objectif principal était d’améliorer mon temps. J’avais envisagé d’améliorer d’une heure, si possible, et j’avais donc ciblé une préparation physique plus étoffée pour digérer les spécificités techniques du parcours et une perte de poids pour gagner en vitesse.

Madère est toujours aussi sublime et c’est un bonheur d’être plongé dans l’ambiance de la course deux jours avant. Le jour venu, les cars nous déposent à Monte, à proximité du « jardim botânico ». La course débute par une grosse difficulté avec une pente sur asphalte qui fait directement transpirer. Cette fois, pour rester moins longtemps coincé dans le bouchon du départ, j’ai choisi de partir plus tôt dans le peloton. Je me suis positionné aux deux tiers, ce qui va conditionner, sans m’en rendre compte, la première partie de la course. Il y a du rythme dans ce groupe. La cadence est importante et je me surprends à vouloir accrocher les coureurs à mes côtés. Je me sens bien, d’autant que ma préparation s’est bien déroulée et a renforcé ma confiance. Je n’oublie pas de boire et de m’alimenter. La première section de 10 kilomètres se déroule à merveille et j’arrive au premier ravito de Chao de Lagua après un peu plus de deux heures de course. Parfaitement synchro avec mon planning. Je rempli les bidons et je vise le « salé » côté nourriture, avec fromage et patates douces au menu.

Sur la seconde section qui mène à Portella, une légère pluie fait son apparition. Pas besoin de sortir la veste, car elle est rafraîchissante. Mais elle change néanmoins les conditions du terrain. La terre se fait glissante comme de la glaise et les appuis sont délicats. Je cherche ma stabilité, je ne veux pas glisser et tomber. Je suis impressionné par les leaders des plus grandes distances qui me dépassent, sans avoir l’air de se soucier autant que moi de leur stabilité. J’ai l’impression d’être dépassé par de petits cabris, qui volent de rocher en rocher.

J’embraye la foulée d’une coureuse portugaise plus jeune que moi. Elle me permet de modérer mon rythme

J’embraye la foulée d’une coureuse portugaise plus jeune que moi. Elle me permet de modérer mon rythme, car je sens que j’ai parfois l’envie d’accélérer trop et de m’essouffler. A Portella, la surprise est énorme. Je constate que j’ai 45 minutes d’avance sur les temps de l’an dernier, sans avoir eu l’impression d’en faire plus. Mais la plus grosse difficulté arrive, avec cette descente vers Porto da Cruz, où j’avais endommagé mon genou et mes cuisses l’an dernier. J’ai décidé cette année d’y lever le pied et de… manger dans cette section pour prendre des forces et ne pas avoir envie d’accélérer. Malgré cela, les chocs sont violents, les cuisses encaissent lourd. Mais ce n’est pas insupportable et j’arrive au troisième ravito avec une heure d’avance. Incroyable ! Je prends même le temps de faire soigner deux cloches sous les gros orteils avant de repartir.

Je sens mon objectif déjà atteint. J’ai gagné l’heure souhaitée, avant même d’aborder la dernière section, où je voulais gagner cette heure. J’avais espéré boucler la course en 8h15 au mieux. En quittant Porto da Cruz, je calcule et je me mets à rêver. Il y a peut-être moyen de passer sous l’objectif impossible des huit heures.

Le mental ! Je me sens voler. J’ai encore envie de courir et de donner du rythme dans les montées. Pour la première fois, j’ai l’impression d’accéder à cette distance de 42 kilomètres. Je ne vais cette fois pas terminer à l’agonie. Les kilomètres défilent et un autre rêve prend forme: améliorer de deux heures. Je descend les derniers escaliers, là où des coureurs m’avaient encouragé l’an dernier. J’y rattrape cette jeune portugaise qui m’avait donné le rythme avant Portella. « I’m sick« , lance-t-elle. A mon tour de l’encourager et de l’emmener dans mes pas pour les derniers mètres. Quand la ligne d’arrivée se présente, j’ai les larmes aux yeux. 7h33 ! Un temps inespéré. Deux heures de mieux que l’an dernier. Ma plus belle course…

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